Jean Philippe
Kevina
Eugène Louis Rieffel naît le 6 avril 1919, cinquième enfant d’Eugène et d’Eugénie née Bron. Il est baptisé catholique le 13 avril. Ses parents tiennent une boucherie à la Robertsau, quartier essentiellement peuplé de maraîchers qui se caractérise par une vie associative très développée.
En 1938, Eugène est appelé sous les drapeaux et il rejoint le 121 ème escadron du train à Lure en Haute-Saône.
La même année, c’est l'Anschluss de l'Autriche et l'occupation des sudètes, régions de Tchécoslovaquie habitées par des germanophones.
Eugène est incorporé et rejoint le 121 ème escadron du Train le 29 octobre 1938 pour participer à la « drôle de guerre ».
Le 3 septembre 1939, la France décide la mobilisation générale et le ministre de la Guerre donne l’ordre d’évacuer la zone frontalière. Les Rieffel ont un bien à Vexaincourt dans les Vosges, et le rejoignent avec leurs moyens personnels.
L’unité d’Eugène est dissoute en août 1940. Démobilisé, il rejoint sa famille à Vexaincourt.
La famille Riebel rentre à la Robertsau pour reprendre la boucherie familiale, place des Tilleuls.
Le 25 août 1942, Le Gauleiter Wagner obtient de Hitler d’incorporer de force les Alsaciens et les Mosellans.
Eugène se marie en novembre 1942 avec Ernestine Dietrich, issue d'une famille de maraîchers. Il est incorporé de force à Wildflecken, en Bavière, en avril 1943, quelques jours après la naissance de leur petite fille Hélène, le 28 mars 1943. Il annonce qu’il désertera.
Après une période d’instruction de 6 mois, à Oxböl (Danemark), il part sur le front Russe avec le 156 ème régiment d’Infanterie Motorisée, dépendant de la 16 ème Division d’Infanterie qui participe à l’opération Fall Blau.
Alors qu'il est au front et atteint de dysenterie, il croise un Alsacien de Niederbronn, Charles Laemmel. Il lui dit : "Si tu en réchappes, va voir ma femme, Ernestine, à la Robertsau".
Il est fait prisonnier lors d’une attaque massive de l’armée rouge et est dirigé vers Dniepopetrowsk, puis Koursk. Il est d’abord porté disparu, puis considéré comme mort fin janvier ou début février 1944 près de Koursk.
L’acte de décès a été transcrit le 28 septembre 1949.
Eugène Rieffel a été reconnu "mort pour la France", par décision ministérielle en date du 10 novembre 1949, comme en témoigne la plaque sur la tombe de sa fille Hélène, enterrée au cimetière nord de la Robertsau, près du lac. Hélène, sa fille, a été considérée comme pupille de la nation.
En hommage à son père, Charles Riess, président du Comité de la Robertsau pendant 26 ans, « incorporé de force » avec la classe 1923 en janvier 1943, et qui a passé 2 ans en Russie, et y a été blessé.
Président honoraire du comité du souvenir français de la Robertsau
Je me remémore tous ces mots griffonnés
Sur la page jaunie d’un cahier d’écolier.
Souvenirs de douleur et jeunesse volée,
Profondément cachés en mon âme blessée.
Cette terre glacée qui brisa le destin
De milliers de camarades alsaciens.
Se battre pour l’ennemi, cause détestable,
Et y laisser sa vie, injustice implacable.
Mais avais-je le choix de fuir ou m’évader,
D’exposer les miens aux pires atrocités ?
Aspiré par les roues d’un terrible engrenage,
Préservant mes parents devenus des otages.
Ceux qui sont revenus portent le poids de l’histoire.
Qui les a écrasés comme fruits au pressoir.
Ils ne pouvaient agir et ils durent subir,
Dur est le chemin quand il faut se reconstruire.
Ich hàb mien mitmàche.
Eweràl isch àlles wiss,
Eweràl isch nùmme Iss,
Warùm hàw ich fortgemien ?
Wàrùm müess ich denn do sinn ?
Sie hàn mich vùn dheime àbg’risse,
Sie hàn mich gezwùnge ze schiesse,
Hàb s’feldgraues Kleid mien ànzeje
Un do im kàlte Schnee mien leje.
Ich kànn do mini Fiess nimme spiere
Un mini Finger düen làngsàm friere.
Ewer s’Lànd herrscht so e Todesstille
Kànn mich nit müxe, doch mescht ich hille.
J'ai dû participer
Partout je ne vois que du blanc
Partout, il n'y a que de la glace,
Pourquoi ai-je dû partir?
Pourquoi suis-je ici ?
Ils m'ont arraché de chez moi,
Ils m'ont obligé à tirer,
J'ai dû enfiler l'uniforme vert-de-gris
Et me vautrer dans la neige glacée.
Je ne sens plus mes pieds.
Et mes doigts engourdis sont gelées.
Sur la campagne règne un silence de mort,
Je ne peux bouger, j'ai envie de pleurer.
Alain RIESS
31 janvier 2025
((À gauche) Achille Ottou (chemise ouverte), Félicien Rocchia (veste noire) et Jean Despas (bandeau sur la tête). (En haut à droite) Achille et Jeanne Ottou fleurissant la tombe d'Alphonse Alfasser au cimetière de Ramatuelle. (En bas à droite) Le sous-marin Casabianca, à Toulon.
Au MMPark de la Wantzenau, un ancien gendarme, Jean -Charles Meyer, toulonnais d’origine alsacienne, nous fait découvrir un aspect de la résistance à Ramatuelle, près de Toulon.
Tout d’abord, il faut rappeler le tragique sabordement de la flotte sur ordre de l’Amiral Darlan, en 1942. Cinq sous-marins décidèrent de s’enfuir, le Casabianca, le Vénus, le Dardennes, le Glorieux et le Marsouin
À cinq heures du matin, le quartier-maitre de garde déclenche le klaxon d'alerte : les Allemands envahissent le port. À bord du Casabianca, les précautions sont prises depuis la veille. Les batteries sont chargées, les amarres sont fixées aux crocs de remorquage et peuvent être larguées instantanément sans exposer les matelots (elles sont lestées de façon à couler sans menacer les hélices) et le gyrocompas est déjà lancé. Le Casabianca appareille donc très vite, juste devancé par le Vénus, un 600 tonnes. Le Vénus enfonce une panneb y accroche une barre de plongée et s'immobilise. Le Casabianca dispose de la place pour passer. Il vire à gauche et longe la jetée du Mourillon encore vide d'Allemands. Il est retardé par le temps nécessaire au remorqueur Le Dardennes pour ouvrir le filet anti sous-marins qui le sépare de la grande rade. Il franchit encore une estacade anti-vedette juste ouverte par le remorqueur Gapeau et plonge aussitôt. Les mines magnétiques mouillées par des avions allemands explosent, vraisemblablement au contact de filets anti sous-marins sans qu'aucun des sous-marins à l'appareillage ne soit touché. Le choc est cependant suffisant pour que le gyrocompas du Casabianca tombe en avarie. De plus, les protections des têtes de périscopes n'ont pas été retirées avant l'appareillage ce qui oblige le sous-marin totalement aveugle à se guider au sondeur14.
Après avoir attendu au large, soit des ordres, soit des ralliements, en accord avec ses officiers et avec son équipage qui veulent reprendre le combat avec les Alliés, il fait route vers Alger le 28 novembre à 2 heures du matin. Parmi les cinq sous-marins qui ont échappé au sabordage avec le Casabianca, deux autres, continuent la lutte aux côtés des Alliésc.
Et là, commence la saga d’un agriculteur ramatuellois figure discrète de la Résistance, Achille OTTOU.
En février 1943, la France est occupée. À Ramatuelle, la vie continue. Les labours viennent de se terminer. Achille Ottou, un agriculteur, qui demeure avec sa soeur Jeanne et sa mère au quartier des Boutinelles, vit caché. Car « réfractaire », il a refusé de se plier au service du travail obligatoire en Allemagne.
Un soir, après avoir partagé un apéritif au village, il regagne son foyer à bicyclette. En chemin, il croise un camion gazogène (alimenté par du bois) arrêté. L'un des deux occupants lui pose cette question.
« Bonsoir Monsieur. Savez-vous s'il y a un marchand de bois dans la région ? »
« Pas que je sache, répond Achille. Je suis du pays et je n’en connais pas. »
« C'est bien ennuyeux... Sans bois, nous ne pouvons pas alimenter le moteur et allons tomber en panne. »
Achille répond « Il se fait tard. En attendant de trouver une solution, venez dans ma ferme. »
Autour d'un bol de soupe fumante, servie par la mère d'Achille, la conversation s'engage. L’un des voyageurs demande :
« Achille, ne devriez-vous pas travailler en Allemagne ? »
« Ah non ! Je suis déserteur. Vous ne pensez pas que je vais me battre contre mes frères français ? »
Le camionneur pose alors la question de confiance : « Vous écoutez Radio Londres ? »
« Bien sûr ! Justement, c'est l'heure. »
Sentant qu'il était en terrain ami, l’un des voyageurs dévoila le plan secret qui les avait amenés dans la campagne de Ramatuelle, à la rencontre d’Achille. Le commandement de l'armée secrète avait connaissance des groupes de résistants dans la région de Saint-Tropez et estimait qu’Achille Ottou, opposé à la politique de Vichy, présentait les garanties pour animer une filière clandestine. La ferme d’Achille, isolée, offrait un abri sûr aux « illégaux ». Le responsable de la résistance locale, Jean Despas, avait validé l’idée.
Ainsi débuta la mise en place d’un réseau de prise en charge des agents secrets français et américains. Les clandestins embarquaient ou débarquaient d'un sous-marin, le Casabianca,accostant de nuit, depuis la côte de l'Escalet au lieudit La roche Escudelier. Chaque mois, au changement de lune, la famille Ottou accueillait les ‘‘passagers’’ : des résistants traqués, des agents de renseignements qui regagnaient l'Afrique, croisaient ceux qui allaient prendre leur place dans la France occupée.
Entre février 1943 et le 26 novembre 1943, plus de 100 personnes passeront par le « sentier de la liberté », qui reliait la ferme à la plage.
Elles étaient guidées par des membres de la résistance, dont Henri Olivier, Maximin Giraud, Félicien Rocchia, Jack Pavlidis, Charles Matteacci, Hector Vigna, Claude Vattuone et Paul Tardieu, le plus jeune du groupe, âgé seulement de 17 ans.
La nuit tragique du 26 novembre
Le 26 novembre 1943, Achille Ottou emmènait dix-sept personnes à travers bois. Parmi elles, l'amiral Pothuau, le commandant Raoul, un agent des services secrets de Toulon nommé « Marchal », Pierre Mortier, Alphonse Alfasser, recherché par la Gestapo, et une jeune fille, Monique Giraud, fille de général. Lorsque le groupe atteint la plage, des cris en allemand retentissent : « Halte ! Halte ! Vous êtes cernés ! » Des coups de feu claquent dans la nuit. Le groupe se sépare. Achille revient à la ferme, où l’attendent certains des fuyards, dont Monique Giraud. L'amiral Pothuau et Pierre Israël ont été faits prisonniers. Alphonse Alfasser a été abattu sur le sable. L'amiral Pothuau sera déporté et survivra. Pierre Israël, dit « Mortier », sera abattu le 12 juin 1944, au cours d'une tentative d'évasion.
Achille Ottou, lui, continuera ses activités dans la clandestinité. Il participera aux opérations de débarquement du 15 août 1944, puis, la France libérée, reprendra sa vie d’agriculteur.
Les opérations terrestres et maritimes sur la côte de Ramatuelle prirent fin après cette nuit du 26 novembre 1943, durant laquelle les Allemands sont intervenus pour y mettre un terme, renseignés par un traître français ;
De gauche à droite :
Haut : Sibler, Stoll, Kientzler, Hering, Wetterwald, Rombourg, Ehrhard.
Bas : Wolfensperger, Will, Auguste Jest, Bronner, Alsacienne, Thuet, Général Noettinger, Blaes, Graff (sous-préfet Sélestat), Alsacienne, Charles Louis Marchal (Maire de Châtenois), Haberer, Pettermann (adjoint au maire), Gillig, Mantzer.
Manquaient Vogel (avait assisté à la réunion), Heintrich, Hiss, Kipper, Maurer.
Ancien de Neuengamme mais pas du groupe des 42, Matricule : 33439.
Dans une Alsace annexée de fait et non occupée comme le reste de la France, il y eut de multiples formes de résistance dont une méconnue de la France de l’intérieur, celle des officiers de réserve alsaciens qui avaient servi dans l’armée française pendant la drôle de guerre. L'Honneur des 42 officiers de réserve alsaciens ou « Groupe des 42 » est le nom donné à la tentative des Waffen-SS d'incorporer 50 officiers de réserve alsaciens pendant la Seconde Guerre mondiale. Les nazis firent pression sur eux pour leur faire signer un contrat d'engagement dans la Waffen-SS afin d'encadrer les combattants français de la Légion des volontaires français (LVF). Sur les 50, 42 refusèrent l'engagement et furent déportés en représailles au camp de concentration de Neuengamme où ils connurent des conditions de travail extrêmement dures. Ils tinrent bon, mais 22 n’en revinrent pas.
Lors de son jugement en 1946, le Gauleiter Wagner déclara que le refus des 42 officiers de réserve évita l'incorporation de force des 800 officiers de réserve alsaciens.